• Premier et dernier amour - Toru : chapitre 05

     Chapitre 5

     

    - C’est donc à ça que ressemble Osaka ?

    - Tu t’attendais à quoi ? Une banderole avec marqué en gros « Bienvenu à vous les touristes. Venez dépenser tout votre fric dans notre jolie petite ville » ? Où tu vas ? L’hôtel est là.

    - Je dois rencontrer un célèbre potier

    - T’es sérieuse ? Tu viens à Osaka pour rencontrer un vieux qui fait de la poterie ?

    - Il n’y a pas que la poterie. Je dois rencontrer un professeur qui enseigne l’art du thé, l’art traditionnel et aussi un professeur qui initie l’ikebana.

    - L’ikebana ? Pourquoi diable veux-tu rencontrer un type qui fait de l’art floral ?

    - Va demander ça au boss, soupira Louna. Il m’a filé cette foutu liste avant de partir.

    - C’est pour ça que je t’ai dit de ne pas passer au bureau !

    - Il l’a envoyé sur mon portable…

    - Je sens qu’on va s’éclater, ronchonna Laia en trainant des pieds.

    - Tu as cas rentré à l’hôtel. Je t’appelle quand j’ai fini.

    - Tu vas réussir à te repérer ?

    - Il y a une super application sur ton téléphone qui s’appelle un GPS tu devrais essayer, dit Louna en montrant son tel.

    - Si tu as un problème appelle moi, cria Laia pour se faire entendre. Et ne parle pas aux inconnus !

    Laia entra dans le bâtiment et se dirigea vers l’hôtesse d’accueil.

    - Bienvenue, madame.

    - Bonjour, j’ai une réservation au nom de Nishi et Kabana.

    - Un instant je vous prie. Voici la clé de votre chambre ainsi le plan détaillé de l’hôtel et de la ville.

    - Merci.

    - Si vous désirez quelque chose surtout n’hésitez pas à nous le faire savoir.

    - Vous pouvez répondre à une centaine de personne à ma place ?

    - Pardon ?

    - J’aurais au moins essayé… Bonne journée, dit Laia en affichant un large sourire.

    Laia s’apprêta à se diriger vers l’ascenseur mais quelque chose capta son attention. C’était le magnifique piano qui se trouvait devant le bar de l’hôtel.

    - Je n’ai rien de mieux à faire de toute façon…

    Elle posa son sac à terre et s’installa derrière le piano. Elle posa ses doigts et frôla les touches une à une. Depuis quand n’avait-elle pas joué ? Elle appuya sur une touche puis une autre et sans s’en apercevoir elle se mit à jouer le morceau qu’elle n’avait pas joué depuis des années.

    - C’est vraiment impressionnant.

    Laia leva les yeux et dévisagea l’homme qui venait de lui adresser la parole. Il était assez grand, les cheveux courts, la peau mate et un sourire à faire tomber les filles comme des mouches.

    - Tu es musicienne professionnelle ?

    - Non.

    Laia ramassa son sac et s’éloigna le plus loin possible de ce type. S’il y avait bien une leçon qu’elle avait tiré de la vie c’était de ne pas approcher ce genre de Casanova. Car ils veulent qu’une seule et unique chose. C’est de mettre le nom de sa proie sur leur jolie liste plastifié.

    - Je m’appelle Takumi, dit le jeune homme en la suivant. En général quand une personne se présente, tu es censé te présenter à ton tour.

    Laia se retourna brusquement percutant de plein fouet le torse du jeune homme. Combien diable mesurait ce type ? Se demanda-t-elle en se frottant le front.

    - Ça va ?

    - Pourquoi vous me suivez ?

    - Je veux juste savoir comment tu t’appelles. Est-ce un crime ?

    - Ça dépend dans quel sens vous le regardez, dit-elle en plissant les yeux.

    - Vous ? Tu peux me tutoyer après tout on doit avoir le même âge, non ? J’ai 30 ans et toi ?

    - 18. Dit-elle en rentrant dans l’ascenseur. Désolé monsieur, mais ma mère m’a interdit de parler à des inconnus.

    Les portes de l’ascenseur s’apprêtèrent à se refermer lorsque le jeune homme entra.

    - Je ne suis plus un inconnu vu qu’on s’est présenté. Enfin, je me suis présenté.

    - À moitié, vous voulez dire.

    - Je n’ai pas l’habitude de raconter ma vie à des jolies demoiselles qui refusent de me donner leur nom.

    - Jolie demoiselle ? Ouah. Je parie que vous le sortez à chaque fois que vous essayez d’attirer une fille dans vos filets.

    - Tu veux un scoop ? Tu es la première à qui je dis ça.

    - Je suis la première de la journée ou de la semaine ?

    Le jeune homme ne put s’empêcher de rigoler devant le répondant de Laia. C’était bien la première fois qu’une fille lui résistait ainsi…

    - La première de l’année.

    Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur le deuxième étage.

    - On dirait que tu es arrivée à ton étage, jolie demoiselle.

    - Il semblerait oui.

    - Tu as un très joli sourire, te l’a-t-on déjà dit.

    - On vous a déjà dit que vous êtes un beau parleur ?

    - Souvent.

    Laia sorti de l’ascenseur et regarda le jeune homme qui souriait à pleine dent.

    - Laia, dit-elle avant que les portes ne se referment.

    Qu’est-ce qui lui avait pris de donner son nom à un inconnu et à séducteur de midinette de surcroit ! Laia se dirigea vers le mur et se tapa la tête contre.

    - Espèce d’adolescente en chaleur, maugréa-t-elle.

    Elle s’éloigna du mur et se remis à marcher vers sa chambre en voyant un couple se diriger vers elle.

    - J’aurais dû aller avec Louna. Qu’est-ce qui m’a pris de flirter avec ce type ?!

    Laia inséra la carte dans la serrure et entra.

    - Jolie, dit-elle en sifflant

    À gauche de la porte se trouvait une immense salle de bain avec baignoire. La pièce principale quant à elle comportait deux immenses lits avec une commode sur lequel était posée une énorme télévision. Une banquette se trouvait devant une fenêtre qui donnait directement vers le parc de l’hôtel.

    - Je me suis vraiment plantée de vocation…

    Elle posa son ordinateur sur le lit et se dirigea vers la fenêtre.

    - Peut-on se remettre d’un chagrin d’amour ? dit-elle en touchant son collier.

    Elle attrapa son ordinateur et tapa le titre de sa prochaine chronique :

     

    Peux-ton se remettre d’un chagrin d’amour ?

     

    La première chose qu’on fait que se poser lorsqu’on tombe amoureux c’est :

    Est-ce que ça durera ? Et si ça ne dure pas, est-ce que je pourrais m’en remettre ?

    98 personnes sur 100 ont vécu à un moment donné cet instant tant redouté lorsqu’on sent le vent tourner. Celui où quand ça arrive, on finit par passer nos journées en pyjama à se goinfrer de crème glacé et à écouter des histoires d’amours tout en maudissant la personne qui nous a rejetées.

    Peux-ton se remettre d’un chagrin d’amour ? Bien sûr ! Mais le chemin sera semé d’embuche. Certains endroits vous rappelleront des souvenirs heureux. D’autres moins. Mais vous continuerez à avancer en redressant la tête et en marchant fièrement vers le futur.

    Le seul conseil que je peux vous donner c’est de ne pas vous détruire pour quelque chose qui n’en valait certainement pas la peine. Car si cette personne vous aimait alors elle ne vous aurait jamais laissé tomber.

     

    - Plus que ses foutus lettres et j’aurais terminé, dit Laia en jetant un regard noir à son sac dans lequel contenait une 20aine de lettres.

     La jeune femme posa son ordinateur sur la table basse et se dirigea vers le mini frigo de l’hôtel lorsque son téléphone sonna.

    - Je te manquai tellement que tu voulais entendre ma voix ?

    - Louna m’a envoyé un sms pour me dire que tu étais avec elle à Osaka. Est-ce que ça va ?

    - Ça baigne. Je me préparais à faire un strip pocker avec le papy de la chambre d’en face. Pourquoi ?  

    - Tu as vu quel jour on était ?

    - Oui j’ai vu quel jour on était, papa ours.

    - Tu comptes aller la voir ?

    - Tu crois que je n’ai pas eu ma dose en la voyant Dimanche ?

    - Je ne parlais pas de maman…

    - Désolée mais je dois y aller. Louna m’attend pour visiter le centre-ville. Passe une bonne journée papa ours.

    Laia raccrocha ne laissant pas le temps à son frère de parler.

    - Comme si je pouvais oublier le jour qu’on est, murmura Laia en s’allongeant dans le lit.

    - Je suis rentrée.

    - Je suis là.

    - Ça ne va pas ?

    - Il faut que j’aille quelque part.

    - Tu veux que je t’accompagne ?

    - Non, ça va aller.

    - Laia. Si tu te perds, ou si ça ne va pas…

    - J’utilise mon GPS je sais. À tout à l’heure.

     

    Laia donna la monnaie au taxi et descendit. Cet endroit n’avait pas changé d’un poil en 13 ans… Elle entra et se dirigea dans la troisième allée avant de s’arrêter devant la 5ième pierre tombale. Elle y déposa les fleurs de lys et caressa l’inscription qui était marqué dessus : « Yuki Sakuraiba 10 février 1988 – 04 février 2004 »

    - Désolé de venir aussi tard, murmura-t-elle. Pour être franc, j’ai bien failli ne pas venir. Louna m’a  demandé de venir avec elle prétextant d’avoir besoin d’un guide. Mais il s’avère que le client se promène sans son guide sans la moindre difficulté, dit-elle avec un rictus.

    Laia s’assit et appuya sa tête contre la stèle.

    - Je séjourne dans un hôtel trois étoiles. Tu devrais voir ça. Le personnel se prosterne presque à mes pieds lorsque je passe. Et il y a aussi de beau spécimen ! Des beaux gosses qui n’ont pas froid aux yeux et qui continuent à te poursuivre même quand tu les envoies balader. Tu aurais vraiment adoré de vivre à notre époque…

    Laia tourna la tête et regarda le portrait de sa meilleure amie qui était gravé dans le marbre.

    - Tu me manques tellement... 

    - C’est clair et net je préfère le climat de Tokyo.

    - Louna ? Demanda Laia surprise de voir son amie ici.

    - Quoi ? Tu croyais vraiment que j’allais te laisser seule après le coup que tu m’as fait dimanche ? Bordel que ça caille. Dit-elle en remontant la fermeture de son manteau.

    - On s’y fait vite.

    Laia se redressa et frotta son blouson pour faire tomber les feuilles mortes.

    - C’est donc ici qu’elle vit ?

    Louna s’avança devant la pierre tombale et déposa une fleur de lys.

    - Je l’ai piqué à une tombe à côté. Je suis sûr qu’elle ne verra pas d’objection.

    Laia regarda la première tombe qui était remplie de bouquet de fleur au point de ne pas voir les inscriptions de la stèle.

    - Salut Yuki. Moi c’est Louna. Je suis la colocataire et amie de ta fêlé de meilleure amie. Je ne sais pas comment tu faisais pour la supporter mais…

    - T’as fini oui, dit Laia en lui tapant le bras.

    - Te revoilà enfin… 

    - On ferait mieux d’aller avant qu’il ne fasse nuit.

    - Je t’attends devant l’entrée du cimetière.

    Laia regarda son amie piquer une fleur sur une pierre tombale remplie de bouquet et la déposer sur une tombe vide un peu plus loin.

    - Je crois qu’elle est plus cinglé que toi et moi réuni… Mais elle a remplacé le vide que tu as laissé. Au revoir, Yuki.

    Laia s’apprêta à partir lorsque quelque chose attira son attention. C’était un bracelet d’homme. Elle le ramassa et l’analysa de plus près. Qui avait bien pu…

    - Toru…

    Laia balaya le cimetière du regard mais ne vit personne à part l’homme d’entretien. Comment osait-il venir…

     

      ~13 ans plus tôt~

    - Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Demanda Laia à la mère de Yuki qui attendait devant la salle opératoire.

    - Une voiture l'a percuté de plein fouet, sanglota la mère de Yuki.

    - C’est ma faute…

    Laia tourna la tête et aperçut Toru. Celui-ci était couvert de sang.

    - Quoi ?

    - Elle était tellement furieuse à cause de ce que je lui ai dit qu’elle n’a pas vu la voiture arriver…

    - Elle était avec toi ?

    Laia s’approcha de Toru et répéta d’une voix tremblante :

    -  Elle était avec toi ?

    - Oui.

    - C’est comme ça que tu protèges la personne avec qui tu sors ! cria-t-elle en le frappant au torse. Elle était avec toi et tu n’as même pas été capable de réagir ?! Tu…

    - Laia. Calme-toi ce n’est pas de ça faute. Dit Kurosaki en la prenant dans ses bras.

    Les portes du bloc opératoire s’ouvrirent laissant apparaitre un homme habillé en tenu opératoire.

    - Est-ce que tout va bien docteur ? Demanda La mère de Yuki.

    - Nous avons fait tout notre possible mais ses blessures étaient beaucoup trop importantes. Je suis désolé.

    Laia tourna la tête et aperçut le bras de sa meilleure amie tomber hors de la table d’opération avant que les portes ne se referment.

     


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 3 Août 2017 à 04:19

    "Espèce d'adolescente en chaleur." = je me suis éclatée comme une folle en lisant ceci.

     

    Oh. Je ne l'avais pas venu venir celle-là. Je ne pensais pas du tout qu'elle serait morte et d'un accident qui est lié avec Toru en plus.

     

    Comme toujours, j'aime beaucoup ;)

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